Plan de trésorerie : construire le vôtre sur 13 semaines et 12 mois, avec un exemple chiffré
Plan de trésorerie pas à pas : rubriques, méthode sur 13 semaines puis 12 mois, exemple chiffré d'une PME et scénarios pour anticiper un creux de trésorerie.
- Un plan de trésorerie est un tableau qui prévoit, période par période, les encaissements et les décaissements réels de l'entreprise, pour connaître à l'avance son solde bancaire.
- Il se construit en flux d'argent, à la date où l'argent entre ou sort du compte, et non en chiffre d'affaires ou en charges comptables : une facture émise en mars et payée en mai compte en mai.
- La méthode la plus utile combine deux horizons : 13 semaines au détail de la semaine pour piloter le court terme, 12 mois au mois pour anticiper les investissements et les financements.
- Le plan sert à décider avant le creux : dans notre exemple fictif, un seul client payé avec 30 jours de retard fait passer le solde de fin avril de 39 000 € à −41 000 €, et décaler un investissement de deux mois suffit à rester positif.
Votre compte de résultat dit que l'entreprise gagne de l'argent, mais le solde bancaire baisse et vous ne savez pas jusqu'où. C'est le rôle du plan de trésorerie : savoir à l'avance, semaine par semaine et mois par mois, combien il y aura sur le compte, et repérer un creux assez tôt pour l'éviter. Ce guide explique comment construire un plan de trésorerie sur 13 semaines puis sur 12 mois, avec un exemple chiffré complet et la manière de s'en servir pour décider.
Qu'est-ce qu'un plan de trésorerie ?
Un plan de trésorerie est un tableau qui prévoit, période par période, les encaissements et les décaissements de l'entreprise, et en déduit le solde de trésorerie en fin de période.
Sa logique tient en une ligne :
Trésorerie de fin de période = trésorerie de début + encaissements − décaissements
La règle d'or : on raisonne en argent qui bouge sur le compte, à la date du mouvement. Une facture de 50 000 € émise en mars et payée en mai s'inscrit en mai. Une machine payée comptant en avril sort en avril, même si elle sera amortie sur plusieurs années. C'est ce qui distingue le plan de trésorerie du budget, qui raisonne en chiffre d'affaires et en charges.
Que mettre dans un plan de trésorerie ?
Le plan se découpe en trois blocs. Les montants s'inscrivent toutes taxes comprises quand une TVA s'applique.
| Bloc | Lignes typiques | Où trouver l'information |
|---|---|---|
| Encaissements d'exploitation | Paiements clients, acomptes reçus, subventions | Factures émises et délais réels de paiement de chaque client |
| Décaissements d'exploitation | Fournisseurs, salaires nets, cotisations sociales, loyer, frais généraux, TVA reversée, impôts | Factures reçues, paie, échéanciers fiscaux et sociaux |
| Hors exploitation | Remboursements d'emprunt, investissements, nouvel emprunt, apport, dividendes | Tableaux d'amortissement, devis signés, décisions d'associés |
Deux oublis reviennent souvent. D'abord la TVA : elle est encaissée avec vos ventes mais ne vous appartient pas, et sa sortie doit figurer à sa date de paiement. Ensuite les échéances fiscales ponctuelles, comme les acomptes d'impôt sur les sociétés, dont les montants et dates sont détaillés dans notre guide acompte d'IS.
Comment construire un plan de trésorerie sur 13 semaines ?
Le plan à 13 semaines est l'outil de pilotage du court terme. Il couvre un trimestre complet, à la semaine, avec un niveau de détail que le plan mensuel ne permet pas : un salaire versé le 28 et un client qui paie le 5 du mois suivant ne tombent pas dans la même semaine.
Étape 1 : partir du solde bancaire réel
Le point de départ est le solde de vos comptes au jour de construction du plan, tous comptes confondus, et non un chiffre comptable.
Étape 2 : lister les encaissements attendus, client par client
Reprenez les factures émises non encore payées. Pour chacune, retenez la date à laquelle ce client paie réellement, pas l'échéance écrite sur la facture. Un client qui règle habituellement avec trois semaines de retard doit apparaître trois semaines plus tard. Ajoutez ensuite les ventes à venir que vous jugez certaines.
Étape 3 : placer les décaissements certains
Salaires et cotisations, loyer, échéances de prêt, TVA, fournisseurs à payer : ces montants sont connus ou presque. Inscrivez-les à leur date de sortie.
Étape 4 : fixer un seuil d'alerte
Choisissez un solde minimum en dessous duquel vous ne voulez pas descendre, par exemple l'équivalent d'une à deux semaines de décaissements fixes. Toute semaine sous ce seuil appelle une décision.
Étape 5 : mettre à jour chaque semaine
Chaque semaine, la semaine écoulée est remplacée par le réel du relevé bancaire, et une nouvelle semaine est ajoutée en fin de plan. L'écart entre prévu et réel est l'information la plus précieuse : il montre où vos hypothèses sont trop optimistes.
Comment faire un plan de trésorerie sur 12 mois ?
Le plan à 12 mois reprend la même structure, au mois. Il sert à voir venir ce que le plan à 13 semaines ne montre pas encore : une saison basse, un investissement, la fin d'un emprunt, un recrutement. Les encaissements y sont estimés à partir du chiffre d'affaires prévu, décalé du délai moyen de paiement de vos clients, et les achats à partir des délais fournisseurs. C'est le lien direct avec votre BFR : plus vos clients paient tard, plus l'écart entre ventes et encaissements est grand. Notre guide sur le calcul du BFR détaille ces délais.
Exemple de plan de trésorerie : une PME de fabrication
Prenons une PME fictive de fabrication de mobilier, d'environ 2,6 M€ de chiffre d'affaires HT par an, qui dispose de 150 000 € en banque au 1er janvier. Elle a signé l'achat d'une machine de 60 000 € payable en avril. Son dirigeant a fixé son seuil d'alerte à 50 000 €.
Montants en milliers d'euros :
| Mois | Trésorerie début | Encaissements | Décaissements | Flux net | Trésorerie fin |
|---|---|---|---|---|---|
| Janvier | 150 | 270 | 260 | +10 | 160 |
| Février | 160 | 240 | 247 | −7 | 153 |
| Mars | 153 | 225 | 263 | −38 | 115 |
| Avril | 115 | 265 | 341 | −76 | 39 |
| Mai | 39 | 300 | 272 | +28 | 67 |
| Juin | 67 | 290 | 265 | +25 | 92 |
Les décaissements comprennent chaque mois 105 000 € de salaires et cotisations, 22 000 € de loyer et frais généraux, 10 000 € d'échéance d'emprunt, les paiements fournisseurs (de 90 000 € à 120 000 €) et la TVA reversée (de 16 000 € à 30 000 €). En avril s'ajoutent les 60 000 € de la machine.
Le plan montre ce que le compte de résultat ne dit pas : malgré une activité régulière, la trésorerie descend à 39 000 € fin avril, sous le seuil d'alerte, avant de remonter. Le creux vient de la conjonction d'un mois de mars plus faible en encaissements, d'achats plus élevés au printemps et de l'investissement.
Comment utiliser le plan de trésorerie pour décider ?
Un plan de trésorerie prend toute sa valeur quand on fait varier ses hypothèses. Testons deux scénarios sur l'exemple.
| Scénario | Trésorerie fin avril | Trésorerie fin juin |
|---|---|---|
| Plan de base | 39 000 € | 92 000 € |
| Un client paie 80 000 € avec 30 jours de retard (avril → mai) | −41 000 € | 92 000 € |
| Même retard, machine payée en juin au lieu d'avril | 19 000 € | 92 000 € |
Un seul retard de paiement de 80 000 € fait passer le compte à −41 000 € fin avril, alors que la situation est identique fin juin. Rien n'a changé dans la rentabilité : seul le calendrier a bougé. Décaler le paiement de la machine de deux mois suffit à rester positif.
Le plan transforme ainsi une inquiétude en liste de décisions, à prendre en janvier plutôt qu'en avril :
- Négocier le calendrier de l'investissement : paiement échelonné, livraison décalée ou financement par crédit-bail.
- Sécuriser les encaissements : relancer le client concerné avant l'échéance, demander un acompte sur les grosses commandes.
- Prévenir la banque avec le plan sous les yeux : une autorisation de découvert ou une ligne de court terme se négocie bien mieux avant le besoin qu'après.
- Lisser les achats du printemps si les stocks le permettent.
Quelles erreurs éviter ?
- Confondre chiffre d'affaires et encaissements : c'est l'erreur la plus fréquente, et elle masque exactement les creux que le plan doit révéler.
- Retenir les échéances théoriques des factures au lieu des délais réellement constatés client par client.
- Oublier les flux ponctuels : TVA, acomptes d'impôt, primes annuelles, échéances d'emprunt, dividendes.
- Construire le plan une fois et ne plus le regarder : un plan non mis à jour devient faux en quelques semaines.
- Ne prévoir qu'un scénario : le scénario prudent, avec un ou deux retards clients, est souvent le plus utile.
Ce qu'il faut retenir
Le plan de trésorerie est le premier outil de pilotage d'une PME : quelques lignes d'encaissements et de décaissements, mises à jour chaque semaine, suffisent à voir un creux deux ou trois mois avant qu'il n'arrive. Commencez par le plan à 13 semaines à partir de votre solde bancaire réel, ajoutez la vision à 12 mois, puis testez un scénario de retard client. Pour mesurer combien vos délais clients et fournisseurs immobilisent de trésorerie, le calculateur de BFR fait le calcul avec vos propres chiffres et montre l'effet de chaque jour gagné.
Questions fréquentes
Quelle différence entre plan de trésorerie et budget prévisionnel ?
Sur quelle durée faire un plan de trésorerie ?
Faut-il mettre la TVA dans le plan de trésorerie ?
À quelle fréquence mettre à jour son plan de trésorerie ?
Sources
Contenu informatif, à jour à la date indiquée ; il ne remplace pas l'avis de votre expert-comptable ou de votre avocat.